
Le créateur de Vinland Saga nous dit tout !

VOUS AVEZ MAL PARLÉ DE VINLAND SAGA
L'histoire débute au XIe siècle, à l'apogée de l'ère Viking. Thorfinn, un jeune garçon vivant paisiblement en Islande, voit son monde s'effondrer lorsque son père, Thors, un guerrier légendaire ayant déserté les combats, est assassiné sous ses yeux par un chef mercenaire du nom d'Askeladd. Consumé par le désir de vengeance, Thorfinn rejoint la troupe d'Askeladd dans l'unique but de le défier en duel singulier et de laver l'honneur de son père.
Pendant des années, Thorfinn grandit sur les champs de bataille d'Europe, devenant un guerrier solitaire et haineux, utilisé par Askeladd comme un instrument de mort. Le récit se déploie alors sur fond de conquête de l'Angleterre par les Danois, mêlant les destins de personnages historiques comme le prince Canute. On suit l'évolution radicale de ce prince chétif et craintif qui, au contact de la brutalité du monde, décide de transformer la terre en un paradis terrestre, quitte à défier Dieu lui-même.
Cependant, la série opère un tournant philosophique majeur après la chute d'Askeladd. Thorfinn, ayant perdu l'unique but de son existence, sombre dans l'apathie avant d'être vendu comme esclave. C'est durant cette période de reconstruction, aux côtés de son ami Einar, qu'il prend conscience de l'horreur des actes qu'il a commis. Hanté par les fantômes de ses victimes, il fait le vœu solennel de ne plus jamais ôter la vie et se met en quête du mythique Vinland, une terre lointaine et fertile où il espère fonder une société de paix sans esclavage ni guerre.
Vinland Saga se déroule au début du XIe siècle, une époque où l'Europe du Nord est mise à feu et à sang par les invasions vikings et les luttes de pouvoir pour la couronne d'Angleterre. Yukimura utilise ce cadre historique non pas pour glorifier les guerriers nordiques, mais pour disséquer une culture fondée sur la force brute.
Dans cette société, la valeur d'un homme se mesure à sa capacité à tuer et à mourir au combat pour atteindre le Valhalla. C'est un monde où la "paix" est perçue comme une faiblesse et où la vengeance est un devoir sacré. En plaçant son récit dans cet environnement hyper-masculin et violent, Yukimura crée un contraste saisissant avec l'évolution de son protagoniste. Le cadre historique sert de laboratoire pour tester une idée radicale : est-il possible d'être un "vrai guerrier" sans jamais dégainer son épée ?
L'évolution de Thorfinn est sans doute l'une des plus spectaculaires de l'histoire du manga. Dans le premier acte (l'arc de la Guerre), il est présenté comme un adolescent consumé par la haine, vivant uniquement pour tuer Askeladd, l'homme qui a assassiné son père sous ses yeux. Thorfinn n'est alors qu'une arme, un prédateur agile et muet qui a sacrifié son humanité sur l'autel de la vendetta.
C'est après la mort de son ennemi juré — une mort qui le laisse vide et sans but — que le récit bascule dans son acte le plus audacieux : l'arc de la Ferme (ou l'arc de l'Esclavage). Réduit en esclavage, Thorfinn doit faire face au poids de ses péchés. Yukimura réalise ici un coup de génie narratif : il ralentit le rythme, remplace les dagues par des charrues, et force Thorfinn (et le lecteur) à contempler les vies qu'il a brisées. Cette phase de "reconstruction" est le cœur battant de l'œuvre, montrant que la véritable force ne réside pas dans la destruction, mais dans la capacité à cultiver la terre et à protéger la vie.
On ne peut analyser Vinland Saga sans s'attarder sur Askeladd. Loin des clichés du méchant unidimensionnel, il est l'un des personnages les plus nuancés jamais écrits. Mercenaire brillant, manipulateur politique et guerrier redoutable, il déteste pourtant la culture viking dont il est l'un des plus fiers représentants.
Askeladd sert de mentor involontaire à Thorfinn. Il lui montre, par l'exemple, que la vengeance est un cycle stérile qui ne mène qu'à la ruine. Sa mort est le catalyseur de la série : en privant Thorfinn de sa cible, il le force à regarder à l'intérieur de lui-même. Askeladd incarne la complexité de l'héritage : il est à la fois le destructeur de la famille de Thorfinn et celui qui, paradoxalement, lui ouvre la voie vers une compréhension plus profonde du monde.
Le message central de la série est résumé par la phrase du père de Thorfinn, Thors : "Tu n'as pas d'ennemis. Personne n'a d'ennemis. Il n'y a personne qu'il soit acceptable de blesser." Cette philosophie est le fil d'Ariane de l'œuvre. Elle redéfinit la virilité et l'héroïsme. Pour Yukimura, un "vrai guerrier" n'est pas celui qui gagne des batailles, mais celui qui a le courage de refuser la violence, même quand elle semble être la seule option. C'est une vision presque bouddhiste ou chrétienne primitive transposée dans un monde de païens sanguinaires. La quête de Thorfinn devient alors une recherche de la "Terre de Paix" (le Vinland), non seulement comme un lieu géographique, mais comme un état de conscience où la guerre n'existerait plus.
Si Thorfinn cherche la paix intérieure, le Prince Canute cherche la paix par le pouvoir. L'évolution de Canute est le parfait pendant à celle de Thorfinn. Initialement frêle, timide et profondément religieux, Canute subit une révélation brutale sur la cruauté de Dieu et l'indifférence du ciel face aux souffrances humaines.
Canute décide alors de créer un "paradis sur terre" par ses propres moyens, en devenant un roi impitoyable et calculateur. Là où Thorfinn choisit la non-violence individuelle, Canute choisit la violence d'État pour imposer l'ordre. Leur confrontation est l'un des sommets thématiques du manga : deux hommes visant le même but (la fin de la souffrance) mais utilisant des chemins diamétralement opposés. Yukimura pose une question politique fondamentale : peut-on instaurer un monde de paix en utilisant les outils de la tyrannie ?
L'arc de la ferme de Ketil est souvent cité comme l'un des meilleurs arcs de l'histoire du manga. C'est ici que Thorfinn rencontre Einar, un esclave qui devient son premier véritable ami. À travers leur relation, Yukimura explore la solidarité entre les victimes de la guerre.
Le travail de la terre devient une métaphore de la guérison. Chaque souche déracinée, chaque graine plantée est un pas de Thorfinn vers la rédemption. C'est durant cette période que Thorfinn est hanté par les fantômes de ses victimes dans des rêves cauchemardesques. Il comprend que le pardon ne signifie pas l'oubli, mais le fait de porter le poids de ses actes pour construire quelque chose de positif. Cette honnêteté vis-à-vis du traumatisme et de la culpabilité donne à Vinland Saga une maturité émotionnelle rare.
Le trait de Makoto Yukimura est d'une précision chirurgicale. Dans la première partie, ses scènes de combat sont d'une intensité viscérale, capturant la brutalité des corps déchirés et la fureur des visages. Cependant, son talent brille véritablement dans la représentation de la nature.
Yukimura dessine les paysages scandinaves, les forêts d'Islande et les champs du Danemark avec une dévotion presque spirituelle. Le vent dans les herbes, le froid de la neige, le détail des visages marqués par l'âge et le travail... son dessin devient plus contemplatif à mesure que Thorfinn s'apaise. L'utilisation des espaces vides et des regards silencieux témoigne d'une maîtrise narrative où l'image n'a plus besoin de dialogues pour transmettre l'émotion. C'est un art qui respire, invitant le lecteur à la méditation.
La dernière partie de l'œuvre suit le voyage de Thorfinn vers le Vinland (l'Amérique du Nord). Ce n'est plus une quête de conquête, mais une expérience sociale : créer une colonie sans armes et sans esclavage.
C'est ici que le manga atteint son point le plus critique. Yukimura ne tombe pas dans l'angélisme. Il montre les difficultés de l'utopie : les tensions internes, la peur de l'inconnu, et le choc des cultures avec les populations indigènes. Le Vinland devient le test ultime pour la philosophie de Thorfinn. Est-il possible de maintenir la paix quand l'autre a peur de vous ? Peut-on réellement échapper au cycle de la violence, ou est-il intrinsèque à l'espèce humaine ?
Vinland Saga est bien plus qu'un manga historique. C'est un traité de philosophie humaniste déguisé en récit d'aventure. En suivant Thorfinn de sa naissance à sa maturité, Yukimura nous offre un miroir de notre propre capacité à changer.
L'œuvre nous enseigne que la rédemption n'est pas un événement, mais un processus quotidien, un effort constant pour choisir la vie plutôt que la mort. C'est un cri de ralliement pour la bienveillance dans un monde qui valorise souvent la dureté. En refermant Vinland Saga, on n'a pas seulement lu une histoire de Vikings ; on a assisté à la naissance d'un homme qui, ayant connu l'enfer, décide de consacrer chaque fibre de son être à la construction d'un paradis, aussi fragile soit-il.
Il s'agit de Makoto Yukimura. Vous pouvez voir sa biographie et découvrir ses autres oeuvres sur cette page.
Makoto Yukimura illustre les oeuvres de la série. Vous pouvez voir sa biographie et découvrir ses autres oeuvres sur cette page.
Makoto Yukimura a maintenant 49 ans. Dans 69 jours, c'est son anniversaire !!
Makoto Yukimura est né le 08 May 1976
Nous avons recensés 24 tome actuellement sortis pour cette série.
Vinland Saga T25 est sorti le 13 January 2022. Vous pouvez retrouver sa critique ici !
La série est classée dans la catégorie seinen.
Cette série est pour un public à partir de 16 ans. Pour vérifier que c'est bien adapté, découvrez le résumé et les critiques sur cette page. Ou demandez l'avis de la communauté.
Tu n'as pas d'ennemis. Personne n'a d'ennemis. Il n'y a personne qu'il soit juste de blesser.
Dans l'album, Vinland Saga , par Thors et Le Troll de Jom . > Toutes les citations de la série